Valeur et vitesse : mesurez l’agilité de votre organisation

Un an. C’est le temps qu’il aura fallu pour mettre au point et produire ces cinquante mille fours encastrables nouvelle génération. D’ordinaire, il faut dix-huit mois pour concevoir, développer, industrialiser et produire un nouvel équipement. C’est au prix d’une énergie dépensée sans réserve, d’une volonté de fer et de nombreuses nuits sans sommeil que l’exploit a pu être accompli.

Pourtant, les premières ventes sont très mauvaises, la nouvelle génération est un flop, le consommateur ne s’y retrouve pas et passe complètement à côté des formidables atouts de cette nouvelle gamme. Trop tard : les fours sont déjà en rayons, les fournisseurs payés. Au mieux, on envisage de renouveler l’exploit pour remplacer le produit dès l’année prochaine. L’équipe, désabusée et très affaiblie, sera difficile à remobiliser. Quoiqu’il advienne, l’entreprise est condamnée à une année de revenus en berne sur ce segment. Une impression de déjà-vu ?

L’agilité, c’est la capacité d’une entreprise à s’adapter aux évolutions de la demande, à moindre coût et afin de générer un maximum de valeur. Car c’est bien le but de l’entreprise que de générer de la richesse et d’en tirer du bénéfice. Mais avant de lancer des chantiers tous azimuts, il faut déjà être clair sur la situation de départ. C’est le but de cet article : évaluer l’agilité de votre organisation au travers de cinq critères mesurables.

Critère n°1 : Valeur ajoutée

Critère n°2 : Vivier d’idées

Critère n°3 : Time to market

Critère n°4 : Réactivité

Critère n°5 : Lead time

La valeur : ce que génère votre activité

Si certains produits sont pérennes et d’autres non, rares sont ceux qui accèdent au panthéon des produits permanents. La plupart des produits se contentent d’être, comme nous autres mortels, voués à disparaître. La durée de vie commerciale d’un article est une grandeur clé de l’activité pour deux raisons. D’abord parce que c’est la période exacte sur laquelle l’entreprise va pouvoir générer du chiffre d’affaire ; ensuite parce qu’elle tend à se comprimer, comme pour compliquer encore les choses (voir mon article La productivité n’est plus un pari d’avenir). Il est donc crucial d’extraire un maximum de richesse de la vente d’un produit sur toute sa durée de vie, avant que le contexte ou le positionnement de l’entreprise ne change.

Or cette richesse se mesure par la valeur ajoutée de l’activité : c’est le produit des ventes auquel sont retranchées les consommations intermédiaires, comme les matières, les composants ou l’énergie. Elle met donc de côté la partie fixe, la structure, qui n’influe pas directement sur l’agilité, mais à laquelle on s’intéressera pour évaluer la résilience de votre activité (article à venir).

Critère n°1 : Valeur ajoutée

Ce critère s’optimise au moment de la création et du développement du produit. Dès lors, deux possibilités : soit on réduit les consommations en négociant les composants ou en rabotant la matière, soit on augmente les ventes. Ou, encore plus efficace, on augmente le ratio valeur perçue / dépenses par le biais d’une action de Création de valeur.

Mais, pour mettre le moteur de la fabrique-à-richesse en marche, il faut également un combustible. La phase de Création, que l’on retrouve sous diverses étiquettes – Recherche, Innovation, Idéation, Conception – alimente la chaîne de valeur en concepts. Ce sont des idées suffisamment matures pour être développées et donner naissance à de nouveaux produits. Pour être en mesure de renouveler l’offre lorsque le marché l’impose, il est crucial de vous assurer que vous entretenez un stock d’idées suffisant.

Critère n°2 : Vivier d’idées

La vitesse de votre chaîne de valeur

Mesurer l'agilité d'une chaîne de valeur
Mesurer la vitesse d’une chaîne de valeur

La vitesse d’une entreprise peut se décomposer en trois longueurs. Le time to market est le temps qu’il lui faut pour rénover un produit existant ou en introduire un nouveau. On le calcule généralement du brief marketing à la livraison des quantités de lancement dans les marchés. Le principal ennemi du processus que mesure le time to market est l’inertie et le retour en arrière. Une organisation doit être capable de décider, et les managers de prendre des risques maîtrisés.

Critère n°3 : Time to market

La réactivité est la vitesse à laquelle le signal remonte et déclenche le réalignement du dispositif productif, avec le moins de déperdition possible. Le signal est de nature et de source différentes : il s’agit des ventes réelles qui peuvent infléchir le plan de production si tout ne se passe pas comme prévu, d’études de marché ou d’enquêtes de consommation. Mais il s’agit également de signaux qu’il faut aller sonder à l’extérieur de l’entreprise, tels que l’introduction de nouveaux produits chez la concurrence, une campagne de promotion d’un distributeur ou la maturité d’une nouvelle technologie. Ou bien encore des signaux faibles tels que la météo, un événement sportif ou un changement de législation.

La mesure de la réactivité n’est pas simple : il faut arriver à mesurer le délai entre l’émission du signal et sa capture. Par exemple, il se passera jusqu’à six mois entre l’émergence d’un nouveau style de vie et l’analyse de son impact sur l’activité d’un couturier, si la veille repose sur un rapport édité semestriellement. De même, les données de vente, bien que souvent disponibles dans les systèmes, ne sont pas pour autant analysées en temps réel. On le fait « régulièrement », et c’est la durée qui se cache derrière ce « régulièrement » qu’il faut mesurer. Ainsi, si le management se réunit une fois tous les trois mois pour statuer sur les prévisions de vente et de production, le signal patientera autant avant d’enclencher le lancement d’un nouveau produit, par exemple. Enfin, et c’est encore plus complexe à quantifier, un signal se dénature avec le nombre de retraitements : plus il rencontre d’intermédiaires sur sa route, plus la déperdition d’information est grande. C’est l’effet « boule de neige » (voir mon article La supply chain (réellement) agile).

Puis il reste à adapter la supply chain en conséquence. Bien sûr, la réponse à apporter dépend de la nature du signal. Ce temps d’ajustement doit être pris en compte dans le délai de réaction, qu’il s’agisse d’une simple reventilation des quantités du plan de distribution ou du montage d’une usine supplémentaire pour soutenir la croissance des volumes.

Posez la question de la réactivité à vos équipes : si la réponse est « on s’adapte en temps réel », inquiétez-vous. Car c’est le signe qu’il n’y a en réalité aucun dispositif en place ou (pire) que l’on passe son temps à désorganiser la supply chain.

Critère n°4 : Réactivité

Le lead time, cinquième et dernier critère, est le temps que prend un lot de production pour traverser toute la chaîne de valeur. Comme dans ces reportages où l’on dote les animaux de puces GPS sous-cutanées pour observer leurs comportements, il s’agit de suivre chacun des faits et gestes d’un lot de production. Tout compte : les temps de fabrication ou de transformation durant lesquels on ajoute de la valeur au produit, les reprises pour défaut, les temps d’attente en stock, les délais de transport et la manutention.

Critère n°5 : Lead time

L’agilité de votre activité se caractérise donc par un débit de valeur générée à partir de concepts, qui sont délivrés sous forme de produits sur les marchés puis réassortis à une certaine vitesse. Évidemment, ces critères sont à moduler en fonction des particularités de votre organisation. Nous réalisons cette étude généralement en deux semaines et elle est indispensable pour identifier les chantiers prioritaires d’accroissement de vitesse et de valeur.

Davy Rey – Décembre 2014

Illustration : Souplesse | L. Soutter | Musée cantonal des Beaux-Arts de Lausanne

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s